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Les bambous gravés, quelques éléments d’explication

LES BAMBOUS GRAVES
QUELQUES ELEMENTS D’EXPLICATION

Espace

Sur l’utilisation des bambous gravés
Couramment utilisés dans de nombreuses îles d’Océanie, les bambous ont depuis des temps immémoriaux servi à fabriquer des objets (sagaies, flûtes, récipients, etc). Chez les Kanak, comme le souligne Maurice Leenhardt, ces bambous étaient gravés et servaient avant tout comme protection lorsqu’un voyageur devait s’aventurer en territoire étranger, ou s’il souhaitait séduire une jeune fille… Rempli d’herbes, le bambou gravé a donc une fonction magique.
Des techniques de gravure
Essentiellement présents sur la Grande Terre, les bambous de Nouvelle Calédonie sont de longueur (33cm à 140cm) et de diamètre (2,5 à 6 cm) variables.  Les gravures sont effectuées selon deux techniques : la pyrogravure et l’incision. Cette dernière est la plus utilisée. Une fois les entailles faites, elles sont recouvertes d’une pâte noire afin de faire ressortir les motifs.
Les motifs représentés
La compréhension des scènes demande souvent une analyse poussée du fait que certaines représentations se répondent et que les gravures nous en apprennent autant sur ce qui est représenté que sur les sentiments qui habitaient le graveur au moment de l’exécution de son œuvre. Ainsi Carole Olhen affirme, quand il s’agit d’aborder la question de la représentation de la vie coloniale : « Le graveur raconte une histoire, un vécu. C’est pourquoi les principaux centres d’occupation coloniale et missionnaire qui se trouvaient à proximité de son village sont, pour lui, des sujets souvent représentés sur les bambous. Il montre ce qu’il voit : les maisons, les chevaux et les outils des colons ou les armes, les bateaux, le télégraphe aérien des militaires. » Comme le souligne par ailleurs Diane Cousteau, les bambous gravés sont des « témoignages d’une période charnière en Nouvelle-Calédonie, ils matérialisent la rencontre de deux cultures et les transformations qui s’ensuivirent. »
La première illustration de l’arrivée de « l’autre »
Il aurait existé un bambou gravé, aujourd’hui disparu,  collecté en 1875 et commenté à l’époque par «  l’un des plus vieux chefs de l’île des Pins ». Composé essentiellement de figures géométriques ce bambou aurait pu représenter, selon certains témoignages et après recoupement d’informations, le contact avec l’équipage de La Pérouse en 1788. Le fait est que le bambou gravé en général relate très souvent un événement historique, comme cela sera le cas tout au long du 19ème siècle où les graveurs kanak s’efforceront de « capter » le plus fidèlement possible l’irruption des européens dans leur vie. On peut ainsi parler de « vision autochtone de la colonisation ».
Arrivée des Européens et nouvelle écriture des bambous
Il semble qu’une nouvelle écriture des bambous soit apparue avec l’arrivée des occidentaux en Nouvelle-Calédonie. Petit à petit les kanak ont abandonné les motifs géométriques traditionnels pour adopter l’image figurative à l’européenne. Comme moyen graphique de la transmission de la pensée, le bambou a ainsi une valeur documentaire indéniable car il dénote, chez le kanak, d’une véritable fascination pour l’objet « d’importation » quel qu’il soit. A ce sujet,  parmi les objets exotiques que l’on retrouve sur de nombreux bambous, le fusil tient une place prédominante.

Témoignages de premier ordre sur la colonisation et les rapports que les kanak entretenaient avec les colonisateurs, les bambous gravés constituent des éléments uniques de l’histoire calédonienne.

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