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Séquence sur le personnage de roman : Bel-Ami de Maupassant

« Je serais bien bête de me faire de la bile. Chacun pour soi. La victoire est aux audacieux. Tout n’est que de l’égoïsme. L’égoïsme pour l’ambition et la fortune vaut mieux que l’égoïsme pour le femme et pour l’amour »

Ces réflexions du héros éponyme du roman de Guy de Maupassant résument parfaitement  la psychologie du personnage. L’une de ses raisons d’être est l’ambition : l’ambition d’arriver par tous les moyens, l’ambition d’être riche et respecté, l’ambition d’égaler l’autre et de le dépasser.

Couverture d'une édition de Bel ami

Couverture d’une édition de Bel ami

Duroy, un homme de son temps

L’histoire de Bel-Ami est l’histoire d’une réussite, celle de Georges Duroy qui deviendra, au fil des victoires qui célébreront son obstination, Georges Du Roy, puis Georges Du Roy de Cantel. Le héros s’est fabriqué un personnage à sa mesure, ou plutôt à sa démesure. Son ascension irrésistible est le fruit d’une persévérance sans failles qui transformera le petit écrivaillon sans talent, le simple journaliste bouche-trou en  un influent directeur de journal qui intrigue et manœuvre. Il a appris vite, et quand il ne sait pas, il se fait aider, par des femmes, entre autres. La littérature du XIXème siècle évoque à foison ces personnages qui, partis de rien, « réussissent » pour occuper une place au sommet de la société, comme Eugène de Rastignac dans La Comédie humaine d’Honoré de Balzac, ou encore Nantas, le héros éponyme d’une nouvelle d’Emile Zola. Les écrivains réalistes (1) et naturalistes pensent que tout être possède un capital d’énergie que la société traditionnelle a toujours tenté de canaliser. Or, la révolution française, et ensuite l’Empire, ont permis à des milliers d’individus de se faire un nom et une place dans une société où tout est dorénavant possible, les plus grandes ascensions comme les pires déchéances. Dans cette nouvelle société, c’est l’argent qui mène le monde, l’argent qui peut engendrer toutes les audaces, et tous  les crimes… Ainsi Georges Duroy va-t-il « tenter le coup ». Bel homme, malin, sans scrupules, il va se servir de ses « qualités » pour « arriver ».

(1)   Sur les principes et les thèmes du Réalisme, des informations sont disponibles dans la séquence ayant trait à l’étude de l’œuvre de Gustave Flaubert Madame Bovary sur le site du lycée Do Kamo.

Une des affiches de l'adaptation cinématographique de 2011.

Une des affiches de l’adaptation cinématographique de 2011.

 

L’ascension de Duroy

Voyons maintenant de quelle manière le héros de Maupassant parvient à s’élever dans la société.

 Bel-Ami

Ou l’itinéraire d’un arriviste en marche (s)

De Georges Duroy au Baron Georges Du Roy de Cantel

 

FEMMES + JOURNAL (politique et finance) + ARGENT = BEL-AMI

A chaque étape de l’ascension du héros, à chaque marche, correspond une femme, une date, une fonction sociale et une somme d’argent :

 MARCHE I

Rachel la prostituée

28 Juin                                                            

Duroy, employé des chemins de fer

La pauvreté  3,40F

__________

MARCHE II

Rencontre avec Forestier

Quelques  jours plus tard

Petits articles à la Vie française           

Prêt de 40 francs

__________

 MARCHE III

Liaison avec Madame de Marelle

Deux mois après

Duroy reporter. Premier article

340 francs

__________

MARCHE IV

Collaboration avec madame Forestier

Décembre

Chef des Echos

1200 francs par mois

__________

La période qui suit s’étale sur deux années

__________

MARCHE V

Mariage avec madame Forestier

Chef des Echos

Fortune de sa femme : 40 000 francs

__________

 MARCHE     VI 

Liaison avec madame Walter

Duroy chroniqueur politique                              

 » Coup de bourse » : 70 000 francs

__________

MARCHE VII

Chroniqueur politique

L’héritage Vaudrec : 500 000 francs

__________

MARCHE VIII

Rédacteur en chef de La Vie française

Mariage avec Suzanne Walter

La fortune

__________

 MARCHES IX, X, XI …

Futur directeur de La Vie française. Futur député, ministre…

« Vous êtes parmi les heureux de la terre, parmi les plus riches… »

 

 

Guy de Maupassant

Guy de Maupassant

 

Maupassant et Georges Duroy

Travaillant pour un grand journal de l’époque s’intitulant Gil Blas, l’auteur de Bel-Ami revient sur une polémique relative au fait que son roman renvoie une mauvaise image de la presse. Il choisit de s’expliquer dans un article où vous prêterez attention à la manière dont l’auteur juge sa « créature ».

 

Mon cher rédacteur en chef,


Au retour d’une très longue excursion qui m’a mis fort en retard avec le Gil Blas, je trouve à Rome une quantité de journaux dont les appréciations sur mon roman Bel-Ami me surprennent autant qu’elles m’affligent (…).

Donc, les journalistes (…) supposent que j’ai voulu peindre la Presse contemporaine tout entière, et généraliser de telle sorte que tous les journaux fussent fondus dans « La vie française », et tous leurs rédacteurs dans les trois ou quatre personnages que j’ai mis en mouvement. Il me semble pourtant qu’il n’y avait pas moyen de se méprendre, en réfléchissant un peu. J’ai voulu simplement raconter la vie d’un aventurier pareil à tous ceux que nous coudoyons chaque jour dans Paris, et qu’on rencontre dans toutes les professions existantes.

Est-il, en réalité, journaliste ? Non. Je le prends au moment où il va se faire écuyer dans un manège. Ce n’est donc pas la vocation qui l’a poussé. J’ai soin de dire qu’il ne sait rien, qu’il est simplement affamé d’argent et privé de conscience. Je montre dès les premières lignes qu’on a devant soi une graine de gredin, qui va pousser dans le terrain où elle tombera. Ce terrain est un journal. Pourquoi ce choix, dira-t-on ?

Pourquoi ? Parce que ce milieu m’était plus favorable que tout autre pour montrer nettement les étapes de mon personnage ; et aussi parce que le journal mène à tout comme on l’a souvent répété. Mais j’arrive à un autre reproche. On semble croire que j’ai voulu dans le journal que j’ai inventé, La vie française, faire la critique ou plutôt le procès de toute la presse parisienne.

Si j’avais choisi pour cadre un grand journal, un vrai journal, ceux qui se fâchent auraient absolument raison contre moi.  (…)

Voulant analyser une crapule, je l’ai développée dans un milieu digne d’elle, afin de donner plus de relief à ce personnage. J’avais ce droit absolu comme j’aurais eu celui de prendre le plus honorable des journaux pour y montrer la vie laborieuse et calme d’un brave homme (…)

 

Guy de Maupassant

 

Questions

1)      Pour quelles raisons Maupassant a-t-il choisi de faire évoluer son personnage dans le monde du journalisme ?

2)      Quel regard porte-t-il sur son héros ?

 

Couverture du journal Gil Blas

Couverture du journal Gil Blas

 

 

Extraits étudiés

Voici les quatre extraits de l’œuvre que vous présenterez à l’examen. Ils sont accompagnés de questions qui vous permettront de préparer des lectures analytiques plus développées.

 

 

Texte 1   L’homme aux miroirs

 

Il montait lentement les marches, le cœur battant, l’esprit anxieux, harcelé surtout par la crainte d’être ridicule ; et, soudain, il aperçut en face de lui un monsieur en grande toilette qui le regardait. Ils se trouvaient si près l’un de l’autre que Duroy fit un mouvement en arrière, puis il demeura stupéfait : c’était lui-même, reflété par une haute glace en pied qui formait sur le palier du premier une longue perspective de galerie. Un élan de joie le fit tressaillir tant il se jugea mieux qu’il n’aurait cru.

N’ayant chez lui que son petit miroir à barbe, il n’avait pu se contempler entièrement, et comme il n’y voyait que fort mal les diverses parties de sa toilette improvisée, il s’exagérait les imperfections, s’affolait à l’idée d’être grotesque.

Mais voilà qu’en s’apercevant brusquement dans la glace, il ne s’était même pas reconnu ; il s’était pris pour un autre, pour un homme du monde, qu’il avait trouvé fort bien, fort chic, au premier coup d’œil.

Et maintenant, en se regardant avec soin, il reconnaissait que, vraiment, l’ensemble était satisfaisant.

Alors il s’étudia comme font les acteurs pour apprendre leurs rôles. Il se sourit, se tendit la main, fit des gestes, exprima des sentiments : l’étonnement, le plaisir, l’approbation ; et il chercha les degrés du sourire et les intentions de l’œil pour se montrer galant auprès des dames, leur faire comprendre qu’on les admire et qu’on les désire.

Une porte s’ouvrit dans l’escalier. Il eut peur d’être surpris et il se mit à monter fort vite, avec la crainte d’avoir été vu minaudant ainsi, par quelque invité de son ami.

En arrivant au second étage, il aperçut une autre glace et il ralentit sa marche pour se regarder passer. Sa tournure lui parut vraiment élégante. Il marchait bien. Et une confiance immodérée en lui-même emplit son âme. Certes, il réussirait avec cette figure-là et son désir d’arriver, et la résolution qu’il se connaissait et l’indépendance de son esprit. Il avait envie de courir, de sauter en gravissant le dernier étage. Il s’arrêta devant la troisième glace, frisa sa moustache d’un mouvement qui lui était familier, ôta son chapeau pour rajuster sa chevelure, et murmura à mi-voix, comme il faisait souvent : « Voilà une excellente invention.» Puis, tendant la main vers le timbre, il sonna.

 

Questions

1)      Comment pourriez-vous qualifier l’état d’esprit de Duroy au moment où il monte les escaliers ?

2)       Pour quelle raison le héros est-il satisfait de lui-même ?

3)      Montrez que nous avons à faire ici à un véritable acteur.

 

 

René Magritte. La reproduction interdite. 1935.

René Magritte. La reproduction interdite. 1935.

 

 

Texte 2   L’homme du théâtre mondain

Duroy marchait lentement, buvant l’air léger, savoureux comme une friandise de printemps. Il passa l’Arc de triomphe de l’Etoile et s’engagea dans la grande avenue, du côté opposé aux cavaliers. Il les regardait, trottant ou galopant, hommes et femmes, les riches du monde, et c’est à peine s’il les enviait maintenant. Il les connaissait presque tous de nom, savait le chiffre de leur fortune et l’histoire secrète de leur vie, ses fonctions ayant fait de lui une sorte d’almanach des célébrités et des scandales parisiens.

Les amazones passaient, minces et moulées dans le drap sombre de leur taille, avec ce quelque chose de hautain et d’inabordable, qu’ont beaucoup de femmes à cheval ; et Duroy s’amusait à réciter à mi-voix, comme on récite des litanies dans une église, les noms, les titres et qualités des amants qu’elles avaient eus ou qu’on leur prêtait ; et, quelquefois même au lieu de dire :

Baron de Tanquelet

Prince de la Tour-Enguerrand ;

il murmurait : Côté Lesbos

Louise Michot, du Vaudeville

Rose Marquetin, de l’Opéra.

Ce jeu l’amusait beaucoup, comme s’il eût constaté, sous les sévères apparences, l’éternelle et profonde infamie de l’homme, et que cela l’eût réjoui, excité, consolé.

Puis il prononça tout haut : « Tas d’hypocrites ! » et chercha de l’œil les cavaliers sur qui couraient les plus grosses histoires.

Il en vit beaucoup soupçonnés de tricher au jeu, pour qui les cercles, en tout cas, étaient la grande ressource, la seule ressource, ressource suspecte à coup sûr.

D’autres, fort célèbres, vivaient uniquement des rentes de leurs femmes, c’était connu ; d’autres des rentes de leurs maîtresses, on l’affirmait. Beaucoup avaient payé leurs dettes (acte honorable) sans qu’on eût jamais deviné d’où leur était venu l’argent nécessaire (mystère bien louche). Il vit des hommes de finance dont l’immense fortune avait un vol pour origine, et qu’on recevait partout, dans les plus nobles maisons, puis des hommes si respectés que les petits bourgeois se découvraient sur leur passage, mais dont les tripotages effrontés, dans les grandes entreprises nationales, n’étaient un mystère pour aucun de ceux qui savaient le dessous du monde.

Tous avaient l’air hautain, la lèvre fière, l’œil insolent, ceux à favoris et ceux à moustaches.

Duroy riait toujours, répétant : « C’est du propre, tas de crapules, tas d’escarpes !»

Mais une voiture passa, découverte, basse et charmante, traînée au grand trot par deux minces chevaux blancs dont la crinière et la queue voltigeaient, et conduite par une petite jeune femme blonde, une courtisane connu qui avait deux grooms assis derrière elle. Duroy s’arrêta, avec une envie de saluer et d’applaudir cette parvenue de l’amour qui étalait avec audace dans cette promenade et à cette heure des hypocrites aristocrates, le luxe crâne gagné sur ses draps. Il sentait peut-être vaguement qu’il y avait quelque chose de commun entre eux, un lien de nature, qu’ils étaient de même race, de même âme, et que son succès aurait des procédés audacieux de même ordre.

 

Questions

1)      Qui sont les « acteurs » du spectacle qui s’offre à la vue de Duroy ?

2)      De quelle manière le héros juge-t-il ces hommes et ces femmes ?

3)      Dans quelle mesure peut-on dire que ce texte fait l’éloge de l’arrivisme ?

 

Edgar Chahine. La promenade. 1905.

Edgar Chahine. La promenade. 1905.

 

 

Texte 3   Le retour aux sources

Mais quand il se remit en marche, Duroy aperçut soudain, à quelques centaines de mètres, deux vieilles gens qui s’en venaient, et il sauta de la voiture, en criant : _ Les voilà. Je les reconnais.

C’étaient deux paysans, l’homme et la femme, qui marchaient d’un pas irrégulier, en se balançant et se heurtant parfois de l’épaule. L’homme était petit, trapu, rouge et un peu ventru, vigoureux malgré son âge ; la femme, grande, sèche, voûtée, triste, la vraie femme de peine des champs qui a travaillé dès l’enfance et qui n’a jamais ri, tandis que le mari blaguait en buvant avec les pratiques.

Madeleine aussi était descendue de voiture et elle les regardait venir ces deux pauvres êtres avec un serrement de cœur, une tristesse qu’elle n’avait point prévue. Ils ne reconnaissaient point leur fils, ce beau monsieur, et ils n’auraient jamais deviné leur bru dans cette belle dame en robe claire.

Ils allaient, sans parler, et vite au-devant de l’enfant attendu, sans regarder ces personnes de la ville que suivait une voiture.

Ils passaient. Georges, qui riait, cria : _ Bonjou, pé Duroy.

Ils s’arrêtèrent net, tous les deux, stupéfaits d’abord, puis abrutis de surprise. La vieille se remit la première et balbutia, sans faire un pas : _ C’est-ti té, not’fieu ?

Le jeune homme répondit : _ Mais oui, c’est moi, la mé Duroy !_ Et marchant à elle il l’embrassa sur les deux joues, d’un gros baiser de fils. Puis il frotta ses tempes contre les tempes du père, qui avait ôté sa casquette, une casquette à la mode de Rouen, en soie noire, très haute, pareilles à celles des marchands de bœufs.

Puis Georges annonça :_ Voilà ma femme. Et les deux campagnards regardèrent Madeleine. Ils la regardèrent comme on regarde un phénomène, avec une crainte inquiète, jointe à une sorte d’approbation satisfaite chez le père, à une inimitié jalouse chez la mère.

L’homme, qui était d’un naturel joyeux, tout imbibé par une gaieté de cidre doux et d’alcool, s’enhardit et demanda, avec une malice au coin de l’œil :

– J’pouvons-t-il l’embrasser tout d’même ?

Le fils répondit : _ Parbleu. Et Madeleine, mal à l’aise, tendit ses deux joues aux bécots sonores du paysan qui s’essuya ensuite les lèvres d’un revers de main.

La vieille, à son tour, baisa sa belle-fille avec une réserve hostile. Non, ce n’était point la bru de ses rêves, la grosse et fraîche fermière, rouge comme une pomme et ronde comme une jument poulinière. Elle avait l’air d’une traînée, cette dame-là, avec ses falbalas et son musc. Car tous les parfums, pour la vieille, étaient du musc.

Et on se remit en marche à la suite du fiacre qui portait la malle des deux époux.

Le vieux prit son fils par le bras, et le retenant en arrière, il demanda avec intérêt :

– Eh ben, ça va-t-il, les affaires ?

– Mais oui, très bien.

– Allons, suffit, tant mieux ! Dis-mé, ta femme, est-i aisée ?

Georges répondit : _ Quarante mille francs.

Le père poussa un léger sifflement d’admiration et ne put que murmurer : « Bougre !» tant il fut ému par la somme. Puis il ajouta avec une conviction sérieuse :

– Nom d’un nom, c’est une belle femme. – Car il la trouvait de son goût, lui. Et il passait pour connaisseur, dans le temps.

 

Questions

1)      Pour quelles raisons les deux vieux Normands ne reconnaissent-ils pas le couple parisien ?

2)      Comment qualifieriez-vous l’attitude de Duroy envers ses parents ?

3)      Analysez les regards croisés que portent chacun l’un sur l’autre le père, la mère et Madeleine Forestier. Qu’en concluez-vous ?

 

 

Texte 4   L’homme de paroles

Georges et Suzanne restèrent en arrière. Dès qu’ils furent écartés de quelques pas, il lui dit d’une voix basse et contenue : _ Suzanne, je vous adore. Je vous aime à en perdre la tête.

Elle murmura : – Moi aussi, Bel-Ami.

Il reprit : – Si je ne vous ai pas pour femme, je quitterai Paris, et ce pays.

Elle répondit : – Essayez donc de me demander à papa. Peut-être qu’il voudra bien.

Il eut un petit geste d’impatience : – Non, je vous le répète pour la dixième fois, c’est inutile. On me fermera la porte de votre maison ; on m’expulsera du journal ; et nous ne pourrons plus même nous voir. Voilà le joli résultat auquel je suis certain d’arriver par une demande en règle. On vous a promise au marquis de Cazolles. On espère que vous finirez par dire : « Oui» Et on attend.

Elle demanda. – Qu’est-ce qu’il faut faire alors ? Il hésitait, la regardant de côté : – M’aimez-vous assez pour commettre une folie ?

Elle répondit résolument :

– Oui.

– Une grande folie ?

– Oui.

– La plus grande des folies ?

– Oui.

– Aurez-vous assez de courage pour braver votre père et votre mère ?

– Oui.

– Bien vrai ?

– Oui.

– Eh bien ! il y a un moyen, un seul ! Il faut que la chose vienne de vous, et pas de moi. Vous êtes une enfant gâtée ; on vous laisse tout dire, on ne s’étonnera pas trop d’une audace de plus de votre part. Ecoutez donc. Ce soir, en rentrant, vous irez trouver votre maman d’abord, votre maman toute seule. Et vous lui avouerez que vous voulez m’épouser. Elle aura une grosse émotion et une grosse colère…

Suzanne l’interrompit : – Oh ! maman voudra bien.

Il reprit vivement : – Non. Vous ne la connaissez pas. Elle sera plus fâchée et plus furieuse que votre père. Vous verrez comme elle refusera. Mais vous tiendrez bon, vous ne céderez pas, vous répéterez que vous voulez m’épouser, moi seul, rien que moi. Le ferez-vous ?

– Je le ferai.

– Et en sortant de chez votre mère, vous direz la même chose à votre père, d’un air très sérieux et très décidé.

– Oui, oui. Et puis ?

– Et puis, c’est là que ça devient grave. Si vous êtes résolue, bien résolue, bien, bien, bien résolue à être ma femme, ma chère, chère petite Suzanne… Je vous… je vous enlèverai.

Elle eut une grande secousse de joie et faillit battre des mains. _ Oh ! quel bonheur ! vous m’enlèverez ? Quand ça m’enlèverez-vous ?

Toute la vieille poésie des enlèvements nocturnes, des chaises de poste, des auberges, toutes les charmantes aventures des livres lui passèrent d’un coup dans l’esprit comme un songe enchanteur prêt à se réaliser. Elle répéta :_ Quand ça, m’enlèverez-vous ?

Il répondit très bas : – Mais… ce soir… cette nuit.

Elle demanda frémissante : – Et où irons-nous ?

– Ça, c’est mon secret. Réfléchissez à ce que vous faites. Songez bien qu’après cette fuite vous ne pourrez plus être que ma femme ! C’est le seul moyen, mais il est… il est très dangereux… pour vous.

Elle déclara : – Je suis décidée… où vous retrouverai-je ?

 

Questions

1)      Qui domine l’échange verbal dans cet extrait ? Justifiez votre réponse.

2)      Comment qualifieriez-vous l’attitude de Suzanne ?

 

 

Le mariage de Suzanne et de Georges. Image extraite d'une adaptation filmique.

Le mariage de Suzanne et de Georges. Image extraite d’une adaptation filmique.

 

Commentaires

  1. avatar Késhooou''Xrcûû a écrit:

    Je trouve cette œuvre très intéressante car nous assistons à l’ascension du personnage de classe modeste dans la société bourgeoise. Cela m’inspire car il a réussi sa vie.

  2. avatar JyiiHlûKmfÿ a écrit:

    J’ai beaucoup aimé cette oeuvre car elle nous raconte ce qui ce passe vraiment dans la vraie vie, et nous démontre comment une personne peut partir de rien est arrivé au sommet de la société.Ce qui nous montre également le caractère machiavélique de Duroy, car c’est un calculateur qui sait ce qu’il fait.

  3. J’ai beaucoup apprécié cette œuvre et plus particulièrement le personnage de Duroy car il est arrivé en haut de la classe sociale tout en étant parti de rien. L’auteur a mis en scène un personnage qui joue les cartes du mensonge et de la manipulation et c’est ce qui est intéressant dans cette œuvre.

  4. avatar yayou d'wébwiihoon a écrit:

    Je trouve cette oeuvre intéressante dans la mesure où, l’auteur à travers son personnage nous montre l’ascension d’un jeune homme de classe modeste qui réussit dans la vie et devient bourgeois. C’est un homme qui a réussit sa vie malgré ces défauts et qui m’inspire beaucoup.

  5. Parmi toutes les oeuvres que j’ai lue celle-ci m’a beaucoup interésser, l’histoire de cet homme est vraiment fascinante, il a une capacité méthodique et machiavélique pour une réussite absolue! Il a monté les échelons de la société par un claquement de doigt je dirais. De plus j’aime ce roman par son coté réaliste.

  6. avatar laurent a écrit:

    cette analyse de bel ami est très explicite dans le contexte ou tu comprend comment fonctionne la société et les mœurs des bourgeois ,ce roman m’a beaucoup plus car on voit que bel ami est un acteur ruse et en plus de sa il manipule ses victimes comme des pièces d’échec. merci

  7. J’aime cette œuvre car Duroy joue bien son jeu c’est un personnage machiavélique qui est très efficace merci!! Félicitation Mr

  8. avatar Michel Malgouzou a écrit:

    Bravo pour cette séquence.
    La dernière illustration de cet article est tirée d’une mini-série télévisée de 1983 dirigée par Pierre Cardinal en 1983. Bel Ami y est interprété par Jacques Weber et Suzanne par Anne Consigny. (http://www.imdb.com/title/tt0319041/?ref_=nm_flmg_dr_3)
    Michel

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